Dépaysement gratuit
16/10/2009
Entre deux paquets de nouilles à 3 euros.
Entre dans la petite pièce comme si de rien était. Les mois passent et parfois on oublie, pardonnez-moi, corrigez-moi.
Il est de bon ton, quant on a pour habitude d'être plutôt casanier, de s'ouvrir au monde il paraît.
Aux gens, aux cultures, de parler, de transmettre et d'apprendre.
Sortir de son trou pour voir celui de son voisin et se rendre ainsi compte, qu'au final, on aurait pas plus mal fait de ne pas foutre le museau à l'air, que chez le voisin c'est aussi mal rangé que chez soi, et que même si au tout début, ça a un sale goût, de ceux que j'aime pas, de jamais vu et d'aventure, quand les coutumes inconnues deviennent votre culture d'un moment, ça devient vite votre nouveau « chez vous » et faut sonner à une nouvelle porte, histoire de voir, une fois encore, du « nouveau » pays.
Ça faisait des lustres que j'avais pas quitté la France, que j'avais pas vu de nouvelles peaux et de nouveaux parlés, ou tout du moins qui différent, autrement que via mon téléviseur qui ne s'éteint jamais.
C'est pour cette raison que ce matin, j'ai pris les choses en mains :
Aujourd'hui je vais chez Paris Store.
Paris Store pour les incultes indignes de ma table de cuisine, c'est l'équivalent au Pastis des fameux « Frères Tang » parisiens.
Un enfer du porte-feuille, garnit de wasabi et de saumon, puis enroulé d'algues.
Dés l'entrée, c'est le dépaysement garantis, des bouddhas de jade en vrai plastique dur vert pomme, des sabres mi bois/ mi toc, mais surtout toc, des bonzais avec des vraies feuilles, en vrai tissus, et surtout des vrais asiat' avec des vrais yeux bridés qui vendent des vrais trucs avec des noms étranges qu'on sait pas lire vu qu'on est pas très culturés, nous !
Mes règles obligeant la chose, je n'étais, et ne suis, pas dans une optique ou les lampions typés citron avec caractères gras chinois, pouvant autant dire « vas te faire foutre », que : ( comme indiqué derrière l'étiquette blanche en bas à droite en bon français juste au dessus du « made in USA » ) « Bonne chance », ne me font énormément voyager.
J'entretiens donc, avec cette assiduité qui m'est connue (n'est-ce pas hein ?!), cette hargne matinale irréprochable largement accentuée par un ciel gris duquel il tombe de l'eau, tout en battant fermement le sol jusqu'à obtenir ce fichu dépaysement qui m'est, m****, bien dûe, surtout après 30 minutes de bus dans les embouteillages avec vu sur la braguette trop largement ouverte de papi qui occupait la place en face de la mienne.
Entrées franchies, barrières aussi, rayons entamés, puis un autre, puis un autre...
Les emballages se ressemblent tous.
Quelle idée de ne pas écrire en français !
Je ne viens chercher qu'une vulgaire bouteille d'assaisonnement, c'est pas comme si j'étais partie à la recherche d'un litre de sauce soja claire au fin fond du japon à l'ère Meijin mince !
Impossible d'accrocher un vendeur, ils courent tous partout, tout le temps, poussant des petits chariots, des paquets de riz sur le dessus.
Un peu plus loin à l'accueil deux jeunes gens aux cheveux noirs, plus raides que des baguettes, se lancent des mots absolument incompréhensibles au visage sur un ton qui n'a pas l'air très gentil en partant de-ci de-là dans des aigus tellement stridents que mes oreilles si elles avaient une bouche, crieraient certainement elles aussi.
Parfois une annonce passe, celles du genre « le petit Kévin attend ses parents... » dans nos traditionnels Carrefours, sauf que là , a part le mot « s'il vous plait », on ne comprend rien.
A l'angle d'un amoncellement de je-ne-sais-quoi à base de je-ne-sais-quoi, on croise des groupes de petites demoiselles, qui s'éternisent quand elles vous frôlent malencontreusement en « Pardon désolée excusez-moi … ect ect» ( et même pas la politesse de placer en fin de phrase un « ma seigneurie » de courtoisie, rah mais vraiment, ces étrangers j'vous jure !)
Au final je me retrouve là , aux caisses, sans connaître aucune des vendeuses, avec une bouteille en verre, un truc jaune dessiné sur l'étiquette pas vraiment accrocheuse, des signes bizarres juste au dessus, sans même être sûre que j'ai entre les mains une VRAIE bouteille de soja (les contre-façons, les asiat', tout ça tout ça...).
Mon air menstruationnationné-renfrogné et haineux tout dehors, je pose cette p***** de bouteille.
Le dépaysement OUI, mais avec du VRAI suzi wan ET à Franprix !
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Julie et ses vadrouilles!